Thibault Malfoy
J’aurai bien le temps d’aimer la jeunesse quand je serai vieux. D’abord l’enfance est un état supérieur à la jeunesse. On y est, par intuition, aussi savant qu’un astronome égyptien. Tout d’un coup, croche-pied : quelqu’un vous pousse dans le gouffre. On oublie tout. De là ce sentiment de l’adolescence qu’on a tout vu, tout vécu, et qu’on est vieux. On l’est : tandis que, enfant, on savait tout et l’on s’étonnait de tout, on ne sait plus rien, mais on ne s’étonne de rien. La vie est devenue prévisible. […] Et on meurt, en cherchant à retrouver la hauteur, l’expérience qu’on avait à dix ans.
Charles Dantzig, Il n’y a pas d’Indochine, Les Belles Lettres, 1995, p. 48-49.
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